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Numismatique Strasbourg · Maison Or & Bijoux
Strasbourg

Les monnaies de Strasbourg, des évêques à l'atelier BB

La ville a battu monnaie pendant près de neuf siècles : d'abord pour ses évêques, puis en son propre nom comme ville libre d'Empire, enfin comme atelier royal sous la lettre BB. Ses pièces se reconnaissent presque toutes à un signe : le lis de la ville, emblème de la Vierge. Elles ne portent presque jamais de date, ce qui oblige à les identifier par leurs légendes et leur style.

Émetteurs
Évêques (Xe-XIIIe s.), ville libre d'Empire, puis atelier royal français
Métaux
Argent et billon pour l'usage courant ; or pour les florins et les ducats
Symbole
Le lis épanoui de la ville ; l'écu à la bande
Dates sur les pièces
Rares avant 1682 : thaler de 1617 et klippes de 1592
Fin de la frappe municipale
1716, selon Coingallery
Atelier royal
Lettre BB, à partir de 1693, jusqu'en 1870
Identification

Reconnaître la pièce

Avers
Sur les monnaies de la ville libre, le lis épanoui de la ville, seul ou dans un quadrilobe, ou l'écu à la bande, tenu par deux lions sur les grandes pièces. Légendes fréquentes : « MONETA ARGENTINENSIS », « NVMMVS REIP. ARGENTORATENSIS » (monnaie de la république de la ville).
Revers
Souvent une croix fleurdelisée ou le lis, avec la légende « GLORIA IN EXCELSIS DEO ». Sur les thalers, « SOLIVS VIRTVTIS FLOS PERPETVVS » (la fleur de la seule vertu est éternelle). Sur les florins d'or, la Vierge à l'Enfant et « VRBEM VIRGO TVAM SERVA » (Vierge, protège ta ville).
Tranche
Non décrite pour la plupart des types dans les catalogues consultés. Les pièces frappées au marteau ont souvent un flan irrégulier, parfois rogné.
Graveur
Généralement non signé pour la période de la ville libre. Les catalogues de référence sont Engel et Lehr, Numismatique de l'Alsace (1887), et Julius Cahn pour le Moyen Âge (1895).
Caractéristiques
ÉmetteursÉvêques (Xe-XIIIe s.), ville libre d'Empire, puis atelier royal français
MétauxArgent et billon pour l'usage courant ; or pour les florins et les ducats
SymboleLe lis épanoui de la ville ; l'écu à la bande
Dates sur les piècesRares avant 1682 : thaler de 1617 et klippes de 1592
Fin de la frappe municipale1716, selon Coingallery
Atelier royalLettre BB, à partir de 1693, jusqu'en 1870
Millésimes et tirages

Les dates à connaître

Les monnaies de la ville libre ne sont pas datées : le tableau les classe par type et par période. Les poids sont ceux d'exemplaires publiés, ils varient d'une pièce à l'autre. Pour une identification précise, il faut le numéro Engel et Lehr (EL).

Les monnaies de Strasbourg, des évêques à l'atelier BB : millésimes et tirages
MonnaiePériodePoids indicatifCe qu'on y voit
Denier de l'évêque Erchenbald965-9911,58 gUn édifice et le nom de l'évêque, au revers le buste et le nom de l'empereur Otton
Denier à l'ange, unifacialXIVe siècle0,43 gUn ange marchant, une croix devant lui
Denier au lis, unifacialVers 14000,41 gLis entre quatre globules, grènetis de perles
Vierer (4 deniers)Vers 13971,2 g environLis dans un quadrilobe, croix au revers
Gros (Groschen)À partir de 13973,17 gLis dans un octolobe, légende GROSSVS ARGENTINENSIS
Plappert ou demi-grosXVe siècle1,76 gGrand lis dans un quadrilobe, croix fleurdelisée
Florin d'or (Goldgulden)1508-1529, puis XVIe-XVIIe s.3,2 g environGlobe crucigère, Vierge à l'Enfant ; VIRGO puis CHRISTE
ThalerVers 155025,8 gÉcu tenu par deux lions, lis au revers
Klippe obsidionale de 80 kreuzer159228,62 gPièce carrée unifaciale, trois écus, valeur 80
Dicken (24 kreuzer)À partir de 16138,8 g puis 6,8 gÉcu surmonté d'un lis, lis au revers
Thaler daté1617n. c.Seul thaler courant de la ville portant une date
Ducat1635-1650 environ3,47 à 3,50 gDVCATVS REIPVB ARGENTINENSIS, écu casqué tenu par deux lions
Gulden de 60 kreuzerAprès 166819,5 gÉcu, valeur LX K, lis au revers
30 sols168914,86 gMonnaie de la ville en système français, lis
33 sols BB17079,10 gAtelier royal, armes de France, légende MONETA NOVA ARGENTINENSIS

Types, poids et légendes d'après Coingallery (qui cite Engel et Lehr, Cahn, Berstett et la collection Voltz), Numista pour le denier épiscopal et la Galerie des Monnaies pour le plappert. Le tableau donne des repères, pas un catalogue complet.

Des évêques à la ville libre

Les premières monnaies frappées sur place sont des deniers d'argent au nom des évêques. Sous l'évêque Erchenbald (965-991), le denier montre un édifice religieux et, au revers, le nom de l'empereur Otton. Les biographies de l'évêque indiquent qu'il obtient pour son Église le droit de battre monnaie, confirmé à plusieurs reprises par les empereurs.

À la fin du XIIIe siècle, la ville s'affranchit de l'évêque. Elle prend la frappe en main par des baux successifs, renouvelés pendant deux siècles, et met fin aux retraits périodiques de monnaie en émettant des deniers « perpétuels ». La frappe municipale se distingue dès 1296 par un grènetis de perles marqué.

En 1393, le conseil décide de supprimer le large bord des deniers et de placer le grènetis au ras du flan, parce que ce bord était sans cesse rogné.

Le privilège décisif arrive en janvier 1508 : l'empereur Maximilien accorde à la ville le droit de frapper des florins d'or, au poids et au titre des princes électeurs rhénans (18 carats et demi).

Le lis, les légendes et la Réforme

Le lis est la clef de lecture. Il symbolise la Vierge, patronne de la cathédrale et de la ville. Il se distingue du lis royal français : celui de la ville est épanoui, avec des étamines entre les pétales, alors que le lis de France est fermé. Les pièces de la ville ne montrent jamais l'aigle impérial, signe de l'indépendance revendiquée par la cité.

Les florins d'or de 1508 portent la Vierge à l'Enfant et la prière « VRBEM VIRGO TVAM SERVA ». Après le passage de la ville à la Réforme (1529), le mot VIRGO est remplacé par CHRISTE. En 1601, pour rembourser un emprunt contracté en Souabe, le magistrat fait pourtant frapper des florins avec VIRGO, conformes au privilège de 1508.

Une même formule revient sur les pièces d'argent : « GLORIA IN EXCELSIS DEO ». Les thalers ajoutent la devise « SOLIVS VIRTVTIS FLOS PERPETVVS ».

Le siège de 1592 et les monnaies du XVIIe siècle

En 1592, à la mort de l'évêque, catholiques et protestants élisent chacun leur candidat : le jeune Jean-Georges de Brandebourg d'un côté, le cardinal Charles de Lorraine de l'autre. La ville, protestante, est assiégée. Pendant le siège, on frappe des klippes, pièces carrées d'un seul côté, aux armes de l'administrateur, du chapitre et de la ville : 80 kreuzer (un thaler), 40 et 20 kreuzer. Ce sont des monnaies obsidionales, et avec le thaler de 1617, les seules pièces datées de la ville avant 1682.

Le XVIIe siècle voit apparaître le dicken (1613), qui vaut 24 kreuzer. Son poids baisse de 8,8 g à 6,8 g en 1621, pendant la crise monétaire des débuts de la guerre de Trente Ans. Viennent ensuite les pièces de 12 kreuzer, le gulden de 60 kreuzer après 1668, et les ducats d'or des années 1635 à 1650, en simple et en double.

Le 30 septembre 1681, la ville se rend à Louis XIV. De 1682 à 1690, elle frappe encore des pièces de 1 à 30 sols, au lis, dans le système français.

Variantes, faux et états de conservation

Les deniers au lis sont nombreux et très proches les uns des autres : une lettre sous le lis, un écu penché ou un grènetis différent changent l'attribution. Certains deniers au lis portant un B ou un E sont attribués à des seigneurs voisins (Bade, peut-être Wurtemberg). Les numismates parlent de « beischläge » : des imitations frappées hors de la ville. Le dicken a aussi été copié en Italie, à Correggio.

Pour juger l'état, regardez d'abord le lis : les étamines entre les pétales s'effacent les premières. Sur les thalers, ce sont les crinières des lions et le cimier ; sur les florins, le visage de la Vierge et de l'Enfant. Les deniers, minces, sont souvent ébréchés ou fendus.

Pour toute pièce ancienne en argent, contrôlez le poids et la netteté des lettres, et n'essayez pas de la nettoyer. Voir nos guides reconnaître une fausse pièce et états de conservation.

Ce que vaut la pièce

Pour cette monnaie, le métal compte peu : la valeur tient à l'identification exacte, à la rareté et à l'état. Elle s'estime pièce par pièce. L'estimation est gratuite et ne vous engage à rien.

À Strasbourg

Cette pièce en Alsace

Après la capitulation de 1681, un atelier royal ouvre en 1693 sous la lettre BB. Il frappe d'abord des pièces propres à l'Alsace, comme les 33 sols de 1707 qui gardent la légende « MONETA NOVA ARGENTINENSIS », puis les monnaies du royaume : écus, louis d'or (dont le louis « à la corne » de 1786), puis les francs du XIXe siècle. La frappe municipale cesse en 1716 et l'atelier BB fonctionne jusqu'en 1870. Pour la suite, voir les monnaies frappées à Strasbourg et notre guide des ateliers monétaires.

Questions fréquentes

Ma pièce porte un lis : est-elle de Strasbourg ?

Pas forcément. Le lis de la ville est épanoui, avec des étamines visibles ; le lis royal est fermé. Les légendes ARGENTINENSIS ou ARGENTORATENSIS confirment l'origine.

Pourquoi ma pièce n'a-t-elle pas de date ?

Les monnaies de la ville libre ne sont presque jamais datées. Les exceptions connues sont les klippes de 1592 et le thaler de 1617. L'identification se fait par la légende et le type.

Que signifie BB sur une pièce française ?

C'est la lettre de l'atelier royal, puis national, installé dans la ville de 1693 à 1870.

Les klippes carrées sont-elles des monnaies ?

Oui. Celles de 1592 ont été frappées pendant le siège de la ville. Ce sont des monnaies obsidionales, à faire examiner sans les nettoyer.