Les états de conservation d'une monnaie
Deux pièces de même date peuvent avoir une valeur très différente selon leur usure. L'état de conservation décrit ce qu'il reste du relief et du brillant d'origine. Voici comment le lire, comment le comparer avec les échelles étrangères et quels défauts comptent autant que l'usure.
À quoi sert l'état de conservation
Dès qu'une pièce circule, elle s'use : les frottements arrondissent d'abord les parties les plus saillantes du relief, puis gagnent le reste du dessin. L'état de conservation est la mesure de cette usure. Il se juge à l'œil, à la loupe, sous une lumière franche que l'on fait tourner autour de la pièce.
Ce jugement reste en partie subjectif. Deux numismates peuvent hésiter entre deux états voisins, et les habitudes varient d'un pays à l'autre. C'est pourquoi on décrit souvent l'avers et le revers séparément, et pourquoi il vaut mieux comparer une pièce à des exemplaires dont l'état est connu plutôt qu'à une définition écrite.
Deux familles de critères entrent en jeu : l'usure, qui donne l'état proprement dit, et les défauts (coups, rayures, nettoyage, trous), qui s'ajoutent à la description et peuvent peser autant que l'usure.
L'échelle française, de AB à FDC
En France, on utilise une échelle de mots abrégés, du plus usé au mieux conservé :
- AB (assez beau) : la pièce est très usée. Le type se devine, la date et une partie de la légende se lisent encore.
- B (beau) : usure forte et générale. Les contours du dessin sont visibles, les légendes en partie effacées. Pour une pièce courante, il ne reste guère que la valeur du métal.
- TB (très beau) : usure marquée mais régulière. Les légendes sont lisibles, les grands reliefs se distinguent, les détails fins ont disparu.
- TTB (très très beau) : usure moyenne. L'essentiel du relief est présent, les points hauts sont aplatis. Le brillant d'origine a disparu.
- SUP (superbe) : la pièce a peu circulé. Tous les détails sont là, seuls les points les plus hauts montrent un léger frottement, et il reste du brillant dans les parties protégées.
- SPL (splendide) : aucune usure de circulation, mais de petites marques de contact ou une perte de brillant sur les reliefs, dues aux manipulations et au stockage en sac.
- FDC (fleur de coin) : la pièce est telle qu'elle est sortie de la presse, avec son velours de frappe intact et sans marque visible. Pour les monnaies anciennes, cet état est très rare.
On nuance avec des signes : « TTB+ » est meilleur qu'un TTB ordinaire, « SUP− » un peu en dessous du SUP. Une notation comme « TB/TTB » peut signifier un état intermédiaire ou un avers et un revers d'états différents, selon les habitudes du vendeur : demandez lequel.
Ce que l'on regarde concrètement
L'usure commence toujours par les points hauts du relief. Sur chaque type, ce sont eux qu'il faut examiner en premier :
- les cheveux sur un portrait : en SUP, les mèches sont séparées jusqu'au sommet de la tête ; en TTB, celles du dessus se fondent en une masse lisse ; en TB, la chevelure n'est plus qu'un contour ;
- les plumes d'un aigle ou d'un coq, et les feuilles d'une couronne : leurs nervures disparaissent bien avant la silhouette de l'animal ;
- les reliefs du corps sur les scènes en pied, comme les muscles d'Hercule ou les plis de la robe de la Semeuse ;
- le listel, le rebord surélevé qui entoure chaque face : net et régulier sur une belle pièce, il s'aplatit, se cabosse ou présente des coups sur une pièce qui a beaucoup circulé ;
- le brillant : une pièce neuve renvoie la lumière d'une façon particulière, le « velours » ou lustre de frappe. Quand on la fait tourner sous une lampe, un reflet tourne autour des reliefs. Ce velours disparaît d'abord sur les points hauts, puis dans le champ. Sa présence sépare les SUP, SPL et FDC des états inférieurs.
Pour une même pièce, les fiches du site indiquent les points précis à surveiller, par exemple pour le 20 francs Napoléon III ou la 5 francs Semeuse.
Les échelles étrangères
Les catalogues et les ventes en ligne utilisent aussi des échelles étrangères. Les correspondances avec l'échelle française ne sont qu'approximatives.
- Échelle anglaise : Good (G), Very Good (VG), Fine (F), Very Fine (VF), Extremely Fine (EF ou XF), About Uncirculated (AU), Uncirculated (UNC).
- Échelle allemande : schön (s), sehr schön (ss), vorzüglich (vz), Stempelglanz (st ou stgl). On trouve aussi « unz » pour une pièce non circulée et des intermédiaires comme « ss-vz ».
- Échelle américaine (Sheldon) : une note de 1 à 70 créée en 1949 par William Sheldon pour les cents américains, puis adaptée à toutes les monnaies des États-Unis dans les années 1970. C'est elle qu'emploient les sociétés de gradation comme PCGS et NGC, qui scellent les pièces sous plastique avec leur note. De 1 à 58, la pièce a circulé (VF-20, EF-40, AU-50, AU-58…) ; de 60 à 70 (MS, pour Mint State), elle n'a pas circulé et la note dépend des marques de contact, du brillant et de la qualité de frappe.
Le tableau en bas de page aligne ces échelles. Les sources ne s'accordent pas toutes : certaines placent le TTB au niveau de l'Extremely Fine, d'autres du Very Fine. Les marchands français passent pour plus sévères que les américains, si bien qu'un TTB français se situe souvent entre les deux.
BU et belle épreuve : des qualités de frappe, pas des états
Deux sigles se mêlent souvent aux états alors qu'ils désignent une façon de fabriquer la pièce.
BU (brillant universel) : pièces frappées avec des coins neufs et destinées aux collectionneurs, vendues en coffrets ou en blisters. Elles présentent un brillant régulier sur le champ et les reliefs et n'ont jamais circulé. Une pièce BU sortie de son emballage et manipulée peut perdre cette qualité.
BE (belle épreuve), en anglais proof : les flans sont polis, les coins aussi, et la pièce est frappée plusieurs fois sous une pression plus forte. Le résultat est un champ miroir et, sur les pièces modernes, des reliefs mats ou givrés. Chaque exemplaire est manipulé à part.
Une belle épreuve peut donc être en mauvais état : un champ miroir révèle la moindre trace de doigt ou rayure. L'échelle Sheldon note d'ailleurs les épreuves de 1 à 70 avec le préfixe PR ou PF, et parle d'« épreuve abîmée » en dessous de 60. Inversement, une pièce de circulation peut être FDC sans être une belle épreuve.
Les défauts qui comptent
L'état seul ne suffit pas. Une description honnête signale aussi :
- les coups, sur le listel et la tranche surtout, fréquents sur les pièces lourdes comme les écus de 5 francs ;
- les rayures, isolées ou nombreuses, et les marques de contact sur les pièces conservées en vrac ;
- le nettoyage : un frottement ou un produit laisse de fines rayures parallèles et un brillant artificiel, souvent plus pénalisant qu'un degré d'usure (voir faut-il nettoyer une pièce) ;
- les trous, les traces de bélière ou de soudure : beaucoup de pièces d'or ont été montées en bijou, puis démontées ;
- la corrosion, les taches vertes sur le cuivre et le bronze, les dépôts laissés par des pochettes plastiques.
Les sociétés de gradation américaines ne donnent pas de note chiffrée à une pièce nettoyée ou endommagée : elles indiquent un niveau de détail accompagné de la mention du problème. Il faut aussi distinguer les défauts de fabrication (frappe faible, flan imparfait) des dégâts survenus après la frappe : les premiers ne sont pas de l'usure et se jugent à part.
Pourquoi l'état pèse souvent plus que la date
La plupart des pièces anciennes ont circulé longtemps. Pour un millésime courant, des milliers d'exemplaires usés existent encore, mais ceux restés en SUP ou en SPL sont peu nombreux. Une date banale dans un état élevé peut ainsi être plus difficile à trouver qu'une date réputée rare en TB.
L'écart est faible pour les pièces d'or très frappées, comme le 20 francs Génie, dont la valeur suit surtout le métal sauf dans les plus beaux états. Il est important pour les monnaies de collection, les divisionnaires en argent et les bronzes, où un degré d'état peut changer l'intérêt d'une pièce du tout au tout.
Deux conséquences pratiques : ne jamais tenter d'« améliorer » une pièce, et la manipuler par la tranche. Pour savoir où se situe la vôtre, une estimation gratuite permet à un numismate de la décrire face par face. Le guide valeur d'une pièce ancienne explique les autres critères.
Correspondances approximatives entre échelles
| France | Royaume-Uni / anglais | Allemagne | États-Unis (Sheldon) | Ce que l'on voit |
|---|---|---|---|---|
| AB | About Good, Good (AG, G) | gering erhalten (ge) | AG-3 à G-6 | Type reconnaissable, légendes en partie effacées |
| B | Very Good (VG) | fast schön (−s) | VG-8 à VG-10 | Contours nets, détails internes disparus |
| TB | Fine (F) | schön (s) | F-12 à F-15 | Légendes lisibles, reliefs principaux distincts |
| TTB | Very Fine (VF) | sehr schön (ss) | VF-20 à VF-35 | Usure visible sur les points hauts, pas de brillant |
| SUP | Extremely Fine (EF, XF) | vorzüglich (vz) | EF-40 à EF-45 | Détails complets, léger frottement, traces de velours |
| SPL | About Uncirculated (AU) | fast Stempelglanz (f. st) | AU-50 à AU-58 | Pas d'usure de circulation, petites marques ou brillant atténué |
| FDC | Uncirculated (UNC) | Stempelglanz (st, stgl) | MS-60 à MS-70 | Velours intact ; la note dépend des marques de contact |
| BE (qualité de frappe) | Proof | Polierte Platte (PP) | PR ou PF 1 à 70 | Champ miroir, flan et coins polis |
Équivalences indicatives, établies d'après Wikipédia (échelle Sheldon), les définitions allemandes de StoneX et Kettner et des tables de marchands. Les sources divergent d'un demi-degré, surtout pour le TTB, que certaines rapprochent de l'Extremely Fine.
Questions fréquentes
Une pièce BU est-elle forcément FDC ?
Non. BU désigne un mode de fabrication. Une pièce BU manipulée ou stockée sans soin peut présenter des marques qui l'éloignent du FDC.
Que veulent dire les signes + et − après un état ?
Ils situent la pièce dans l'état : TTB+ est proche du SUP, TTB− proche du TB. Ils servent à affiner sans multiplier les catégories.
Une pièce trouée ou démontée d'un bijou garde-t-elle un intérêt ?
Elle garde la valeur de son métal, mais son intérêt de collection baisse nettement, même si la date est recherchée. Le défaut doit toujours être mentionné.
Pourquoi l'avers et le revers ont-ils parfois deux états différents ?
Les deux faces ne s'usent pas au même rythme : le portrait, plus en relief, s'use souvent plus vite que le revers. On note alors chaque face séparément.
Les ateliers monétaires et leurs lettres
Lire IdentifierReconnaître une fausse pièce d'or ou d'argent
Lire ÉvaluerCe que vaut une pièce de monnaie ancienne
Lire EntretenirFaut-il nettoyer une pièce de monnaie ?
LireSources
- Wikipedia, Sheldon coin grading scale
- Wikipedia, Proof coinage
- AuCOFFRE, État de conservation des pièces : comment le mesurer
- StoneX Bullion, Erhaltungsgrade
- Kettner Edelmetalle, Erhaltungsgrad
- Aureo & Calicó, conservaciones
- Monnaie de Paris, miniset BU (définition du brillant universel)
- NGC, Coin conservation