Reconnaître une fausse pièce d'or ou d'argent
Les pièces d'or et d'argent ont toujours été copiées, à leur époque comme aujourd'hui. Certains faux se repèrent avec une balance de cuisine précise, d'autres trompent même un œil exercé. Voici les familles de faux, les vérifications que vous pouvez faire vous-même et ce qu'elles ne permettent pas de conclure.
Les grandes familles de faux
On peut ranger les fausses pièces en quelques familles, qui ne se détectent pas de la même manière.
- Les faux d'époque. Ils ont été fabriqués quand la pièce circulait, pour tromper les commerçants. Souvent en métal moins noble (cuivre, laiton, plomb, alliage d'étain) recouvert d'une fine couche de métal précieux, ils sont parfois aussi anciens que la pièce imitée. Certains intéressent d'ailleurs les collectionneurs, mais ils ne valent jamais une pièce authentique.
- Les faux modernes en or. Après la Seconde Guerre mondiale, la demande de pièces d'or, au Moyen-Orient notamment, a été en partie satisfaite par des ateliers clandestins en Europe et au Proche-Orient. Les souverains britanniques en ont été la cible principale, mais les 20 francs, les 50 pesos et d'autres pièces d'or courantes ont aussi été copiés. Ces faux contiennent souvent de l'or à un titre proche du titre légal : le faussaire gagne sur la prime de la pièce, pas sur le métal. Ils passent donc le test du poids et de la pierre de touche, et se trahissent par des détails de gravure.
- Les pièces plaquées ou fourrées, dont le cœur n'est pas du métal précieux.
- Les copies de pièces de collection, qui imitent une date ou un atelier rare plutôt qu'une pièce courante.
- Les reproductions vendues comme telles (« replica », « copy »), qui finissent parfois revendues comme authentiques.
Pièces plaquées, fourrées et tungstène
Une pièce plaquée est un flan de métal ordinaire recouvert d'une pellicule d'or ou d'argent. Le laiton plaqué or est le cas le plus courant pour les imitations de 20 francs Coq. Une pièce fourrée a une âme d'un autre métal enfermée dans une enveloppe de métal précieux plus épaisse.
Comme le laiton ou le cuivre sont bien plus légers que l'or à volume égal, ces faux sont en général trop légers, ou trop épais s'ils ont le bon poids. La balance et le pied à coulisse suffisent souvent à les repérer.
Le cas du tungstène est différent. Sa densité (environ 19,25 g/cm³) est presque celle de l'or (environ 19,32 g/cm³). Une pièce à cœur de tungstène, recouverte d'une couche d'or, peut donc avoir le bon poids et les bonnes dimensions. Le tungstène n'est que très faiblement attiré par un aimant : un aimant ordinaire ne le détecte pas. Ce type de faux concerne surtout les pièces épaisses et les lingots. Il impose un contrôle du métal lui-même, pas seulement de la surface.
Copies de collection et « replica » vendues en ligne
Pour une pièce dont la valeur tient à sa date ou à son atelier, le faussaire peut partir d'une vraie pièce courante et la modifier : chiffre de date retouché, lettre d'atelier ajoutée ou effacée. Le métal est alors authentique, seul le détail qui fait la rareté est faux. D'autres copies sont frappées ou coulées entièrement, en métal précieux ou non.
Les sites de vente en ligne proposent aussi des « replica » ou « copies » de pièces anciennes, souvent en métal doré ou argenté. Aux États-Unis, la loi impose que ces imitations portent la mention « COPY » de façon visible et permanente. Beaucoup n'en portent aucune, ou portent une mention discrète qui peut être limée. Une fois sorties de leur pochette, ces pièces circulent dans les brocantes, les héritages et les ventes entre particuliers.
Certaines dates n'existent tout simplement pas. Avant de vous intéresser à l'aspect d'une pièce, vérifiez que la combinaison année et atelier figure bien dans un catalogue de référence ou sur la fiche de la pièce, par exemple pour le 20 francs Coq ou le 20 francs Napoléon III.
Les contrôles que vous pouvez faire chez vous
- Le poids, au centième de gramme. Une balance de cuisine ne suffit pas : il faut une balance de précision au 0,01 g. Comparez avec le tableau en bas de page. Une pièce d'or légèrement usée perd quelques centièmes ; un écart de plusieurs dixièmes doit vous faire douter.
- Le diamètre et l'épaisseur, au pied à coulisse. Un faux en métal plus léger doit être plus épais ou plus large pour atteindre le bon poids. Mesurez en plusieurs points.
- L'aimant. L'or et l'argent ne sont pas attirés. Une pièce qui colle à un aimant contient du fer, du nickel ou de l'acier : elle est fausse. Prenez un aimant puissant (néodyme), pas un aimant de réfrigérateur.
- Le son. Posée en équilibre sur le bout d'un doigt et frappée légèrement avec une autre pièce, une pièce d'argent massif rend un son clair et prolongé. Un son sourd ou bref évoque un alliage de plomb ou d'étain, ou une pièce fourrée.
- Le dessin et les lettres. Comparez avec une pièce sûre ou avec les photos d'un catalogue sérieux : forme des chiffres, espacement des lettres, finesse des cheveux et des plumes, position du différent et des signatures. Une loupe de grossissement 10 aide beaucoup.
Les limites de ces contrôles
Aucun de ces tests ne prouve à lui seul qu'une pièce est authentique. Ils peuvent seulement montrer qu'elle est fausse.
- Le poids correct ne dit rien d'un faux en or au bon titre, ni d'une pièce à cœur de tungstène.
- L'aimant ne réagit ni au cuivre, ni au laiton, ni au plomb, ni à l'étain, ni au tungstène, qui sont les métaux les plus utilisés par les faussaires.
- Le son varie avec l'usure, une fêlure ou la manière de tenir la pièce. C'est un indice, pas une preuve.
- La comparaison visuelle exige une référence fiable. Les photos des annonces en ligne peuvent elles-mêmes montrer des faux.
- Une pièce usée pèse moins qu'une pièce neuve, sans être fausse pour autant.
Évitez les tests destructifs : rayure, lime, acide versé sur la pièce, morsure. Ils abîment définitivement une pièce qui peut être authentique, et une pièce de collection endommagée perd une grande partie de son intérêt. Le guide nettoyer une pièce explique pourquoi la surface d'origine compte autant.
Ce que vérifie le numismate en boutique
Au comptoir, le numismate reprend les mêmes questions avec des outils plus précis et l'habitude de voir des milliers de pièces.
- La balance de précision compare le poids aux valeurs légales de la pièce, en tenant compte de l'usure visible.
- La pierre de touche est une pierre noire, dure, que les acides n'attaquent pas. On y frotte la pièce sur une zone discrète (la tranche) pour laisser un trait de métal, que l'on compare à des traits d'alliages connus sous l'action d'acides calibrés. Le test renseigne sur le titre du métal en surface. Il ne voit pas ce qu'il y a au cœur d'une pièce fourrée, ce qui explique qu'on le combine toujours avec le poids et les mesures.
- La loupe permet d'examiner la gravure, les reliefs, le grènetis, la tranche et les traces de coulage ou de retouche (bulles, aspect granuleux, chiffres reformés).
- Les poinçons sont contrôlés sur les objets qui en portent (médailles, lingotins, bijoux montés avec une pièce), pour vérifier le titre annoncé.
Quand un doute subsiste après ces contrôles, le numismate le dit franchement plutôt que de trancher au hasard.
Les signes qui doivent alerter
- Un poids ou un diamètre qui s'écarte des valeurs du tableau, surtout sur une pièce peu usée.
- Une date ou un atelier absent des catalogues, ou une date rare présentée sur une pièce à l'aspect neuf.
- Une couleur inhabituelle : or trop jaune ou trop rouge, argent grisâtre, cuivre visible sur les reliefs ou la tranche.
- Des contours mous, des lettres empâtées, une surface granuleuse ou piquée de petites bulles, signes d'une pièce coulée et non frappée.
- Une tranche irrégulière, avec un joint ou une légende mal alignée.
- Plusieurs pièces « rares » identiques dans un même lot, avec les mêmes petits défauts au même endroit.
- Un vendeur qui refuse que la pièce soit pesée ou examinée, ou qui insiste sur l'urgence.
Si vous avez un doute, ne nettoyez pas la pièce et ne la testez pas vous-même à l'acide. Une estimation gratuite permet de la faire examiner. Les fiches des monnaies d'or et des monnaies d'argent détaillent les faux connus type par type.
Poids et diamètres de référence des pièces d'or et d'argent courantes
| Pièce | Métal et titre | Poids | Diamètre |
|---|---|---|---|
| 10 francs or (Napoléon III, Cérès, Coq) | Or 900 ‰ | 3,23 g | 19 mm |
| 20 francs or (Napoléon, Génie, Coq) | Or 900 ‰ | 6,45 g | 21 mm |
| 50 francs or (Napoléon III, Génie) | Or 900 ‰ | 16,13 g | 28 mm |
| 100 francs or (Napoléon III, Génie) | Or 900 ‰ | 32,26 g | 35 mm |
| Souverain britannique | Or 916,7 ‰ | 7,98 g | 22,05 mm |
| Demi-souverain britannique | Or 916,7 ‰ | 3,99 g | 19,30 mm |
| 20 marks or (Empire allemand) | Or 900 ‰ | 7,965 g | 22,5 mm |
| 20 francs suisses « Vreneli » | Or 900 ‰ | 6,45 g | 21 mm |
| 50 pesos mexicains | Or 900 ‰ | 41,67 g | 37 mm |
| Krugerrand 1 once | Or 916,7 ‰ | 33,93 g | 32,77 mm |
| Écu de 5 francs argent (XIXe siècle) | Argent 900 ‰ | 25 g | 37 mm |
| 5 francs Semeuse argent (1959-1969) | Argent 835 ‰ | 12 g | 29 mm |
| 10 francs Hercule (1964-1973) | Argent 900 ‰ | 25 g | 37 mm |
| 50 francs Hercule (1974-1980) | Argent 900 ‰ | 30 g | 41 mm |
Poids légaux d'une pièce neuve, arrondis au centième (valeurs exactes : 3,2258 g, 6,4516 g, 16,129 g et 32,258 g pour les pièces françaises ; 41,666 g pour les 50 pesos). Une pièce usée peut peser quelques centièmes de moins. Le Krugerrand mesure 2,84 mm d'épaisseur, la 20 francs or environ 1,3 mm. Sources : Numista, Royal Mint, Wikipédia.
Questions fréquentes
Une pièce d'or qui a le bon poids est-elle forcément vraie ?
Non. Beaucoup de faux modernes sont en or au titre légal, et une pièce à cœur de tungstène peut avoir le bon poids. Le poids élimine les faux grossiers, il ne prouve pas l'authenticité.
L'aimant suffit-il pour tester une pièce d'argent ?
Il élimine les pièces en fer, en acier ou en nickel. Mais le cuivre, le laiton, le plomb et l'étain ne réagissent pas à un aimant : une pièce qui ne colle pas peut quand même être fausse.
Les 20 francs Coq datés de 1907 à 1914 sont-ils des faux ?
Une grande partie a été refrappée par l'État entre 1951 et 1960 avec ces millésimes. Ce sont des pièces d'or officielles, pas des contrefaçons, même si leur date ne correspond pas à l'année réelle de frappe.
Puis-je faire tester une pièce à l'acide moi-même ?
C'est déconseillé : l'acide marque la pièce, et une erreur de manipulation peut l'abîmer définitivement. Le test à la pierre de touche se fait sur une zone discrète, par quelqu'un qui en a l'habitude.
Les ateliers monétaires et leurs lettres
Lire ÉvaluerLes états de conservation d'une monnaie
Lire ÉvaluerCe que vaut une pièce de monnaie ancienne
Lire EntretenirFaut-il nettoyer une pièce de monnaie ?
LireSources
- Numista, 10 francs Napoléon III tête laurée (N# 6929)
- Numista, 50 francs Napoléon III (N# 11338)
- Numista, 100 francs Napoléon III (N# 11339)
- Numista, 100 francs Génie (N# 8039)
- Wikipédia, Napoléon (pièce de monnaie)
- Wikipedia, Sovereign (British coin)
- Royal Mint, The Sovereign 2026 three-coin gold proof set (spécifications)
- Numista, 20 marks Guillaume II Prusse (N# 21444)
- Wikipedia, Vreneli
- Wikipedia, Centenario (coin)
- Wikipedia, Krugerrand
- Numista, 5 francs Napoléon III argent (N# 1184)
- Numista, 5 francs Semeuse argent (N# 679)
- Cnumis, 10 francs Hercule
- Gold.fr, 50 francs Hercule (1974-1980)
- Gold.fr, Marianne Coq, entre le faux et le vrai
- Gold Sovereigns, fakes
- FTC, Imitation Coins (Hobby Protection Act)
- Gold & Co, vérifier l'authenticité des pièces et lingots d'or
- POP, ministère de la Culture, pierre de touche et touchaux